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L’enquête sur les conséquences de l’arrêt des activités cynégétiques dans le canton de Genève.

Genève sans chasse

Face à cette majorité écrasante, quoique très relative, les autorités ont rapidement dû concevoir et mettre en œuvre un plan spécial de gestion de certaines espèces, sans doute pour compenser l’absence d’activités de chasse et, par conséquent, de contrôles de la faune potentiellement destructive.

Quarante ans plus tard, le « modèle » genevois – qui privilégie, dans la mesure du possible, les mesures de protection des cultures et les compensations diverses plutôt que les tirs – offre une étude de cas très intéressante sur les implications économiques, sociales et environnementales possibles d’une interdiction de la chasse sur un territoire donné. C’est à ce vaste champ de recherche que une genevoise  a courageusement consacré ces trois dernières années. Son travail, rigoureusement scientifique, est d’autant plus riche que personne n’a étudié cette question de manière aussi approfondie auparavant. Dans cette interview, elle présente quelques-unes de ses réflexions et de ses conclusions.

Genève sans chasse,

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et nous dire d’où vous est venue l’idée de cette recherche ? On a  suivi une formation en éthologie, l’étude du comportement animal, à l’Université de Neuchâtel, puis une formation complémentaire en anthropologie.

Dans le cadre du cursus, on a  séjourné dans une réserve en Ouganda, en 2008, pour étudier le comportement du singe colobe rouge, un petit primate. Pendant un séjour, on a  été frappé par la simplicité avec laquelle les villageois éloignaient les éléphants de leurs cultures à l’aide d’un tomtom.

Après le retour en Suisse, on a  consacré une partie du master en anthropologie à l’étude d’une méthode couramment utilisée pour prévenir les dommages aux cultures dans le canton de Genève : les clôtures électriques. Afin de protéger les vignobles, principalement, des sangliers notamment, les administrateurs gouvernementaux ont dû progressivement mettre en place quelque 70 kilomètres de clôtures électriques à travers le canton.

A partir de cette étude, qui portait sur la cohabitation entre agriculteurs et faune sauvage à Genève, on a  peu à peu commencé à poser une question qui me semble essentielle : quels sont les impacts financiers d’un programme qui gère la faune sauvage chassable sans faire appel aux chasseurs ? N’étant pas chasseur mais aimant les espaces « naturels », on a  dû mettre au point un protocole de travail étendu et rencontrer toutes les personnes impliquées dans le processus de « gestion », ainsi que les résidents de Genève, pour essayer de comprendre leur point de vue sur la chasse, ou l’absence de chasse. Il a semblé logique d’enquêter sur les raisons de l’abolition de la chasse afin de pouvoir identifier et mesurer les effets de cette interdiction. Et on voulait examiner ses effets sur les trois piliers du développement durable dans notre société : l’économie, l’écologie et le social.

Le territoire et ses particularités…

Le canton a fait l’objet d’un développement urbain de grande ampleur, avec une population de quelque 500 000 habitants sur une superficie de 28 000 hectares (dont 4 000 hectares de lacs), soit 2 000 habitants au km². Les zones « Nature » sont principalement constituées de trois massifs de 1 000 hectares séparés les uns des autres par des développements urbains. De plus en plus, les liens avec leurs zones voisines sont maintenus grâce à des partenariats transfrontaliers visant à établir des corridors. Deux éléments marquants se dégagent : d’une part, la taille de ces espaces « naturels » est insignifiante, voire minuscule ; d’autre part, la majorité de la population du canton vivant en milieu urbain, il est parfaitement raisonnable de penser que cela a eu une influence sur la décision d’interdire la chasse en 1974.

La configuration relativement confinée du territoire – qui devait être partagé avec d’autres utilisateurs – a également contribué à rendre la chasse plus difficile à pratiquer, y compris sur le plan de la sécurité… Des témoignages oraux et écrits rapportent que les chasseurs ont mis du temps à s’adapter à l’augmentation du nombre de personnes profitant de la campagne et à l’évolution des mentalités qui modifiaient déjà notre rapport aux animaux…

N’y avait-il pas un risque immédiat qu’en supprimant les contrôles offerts par la chasse, certaines espèces connaissent une croissance démographique excessive ?

S’il était rare de voir un sanglier avant l’interdiction, les années qui ont suivi ont vu les populations de porcs commencer à augmenter, comme partout, avec les dégâts aux cultures que cela implique. Sur le terrain, les gardes de l’environnement ont essayé différentes méthodes pour prévenir ces dégâts. L’abattage de 120 sangliers en 1997 a suscité des critiques. Cela a conduit à la mise en place de diverses mesures de protection (clôtures, etc.), mais peu à peu, il est devenu normal que les gardes tirent les sangliers la nuit, par nécessité.

En 2021, 400 sangliers ont dû être abattus pour réduire les dommages causés (qui s’élevaient alors à plus de 600 000 francs suisses). Ainsi, pour maintenir la population de sangliers au niveau souhaité de 200 individus, quelque 190 sont actuellement abattus de nuit chaque année. Des pièges photographiques et des appâts à base de céréales sont utilisés à cet effet : lorsqu’un sanglier est photographié, un MMS est immédiatement envoyé au garde-champêtre, qui tente alors de l’abattre.

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