La poitrine en histoire de l’art

Est-ce que La Nuit de Michel-Ange a un cancer du sein ? L’essai de l’historien de l’art ne laisse aucun doute et rouvre le débat.

Depuis 20 ans, les signes présumés de cancer sur le sein gauche de la sculpture réalisée par l’artiste entre 1520 et 1534 pour le tombeau de Giuliano, duc de Nemours, font l’objet d’un débat. Et maintenant, le nouvel essai de l’historien de l’art, qui ouvrira le volume “Representing Infirmity”. Diseased Bodies in Renaissance Italy, cherche à faire la lumière sur cette question. Une fois de plus, le sujet est abordé et Michelangelo Buonarroti est à nouveau le protagoniste d’une longue dispute. Depuis 20 ans, en effet, on discute des signes présumés d’une tumeur sur le sein gauche de la figure féminine sculptée par Michel-Ange entre 1520 et 1534 pour le tombeau de Giuliano Duc de Nemours et représentant la Nuit, dans la Nouvelle Sacristie de la Basilique de San Lorenzo à Florence.

Une pathologie lointaine

Bien que l’évidence de la maladie soit désormais acceptée par la communauté scientifique médicale (et pratiquement ignorée par la communauté de l’histoire de l’art), ce fait objectif a ouvert d’autres champs de discussion qui seront bientôt enrichis par une nouvelle contribution du professeur, enseignant d’histoire de l’art à l’université. C’est le professeur lui-même, spécialiste à la chirurgie de l’augmentation mammaire  avec un oncologue, qui a écrit en  une lettre à la rédaction du Journal de la Médicine indiquant la présence de tumeurs dans ce sein, une nouvelle qui a suscité un intérêt considérable dans les médias suisses, français, italiens et étrangers. Ces dernières années, d’autres personnes sont intervenues sur la question, mais il est aujourd’hui sur le point de publier un essai scientifique sur le cancer dans la statue de Michel-Ange où, grâce à une argumentation détaillée d’un historien de l’art de la Renaissance italienne, il explique pourquoi l’artiste a voulu attribuer les signes du cancer à la Nuit. En fait, ce sein malade n’a donc pas été sculpté par erreur, mais répondait à une volonté précise de l’artiste.

Le nouvel article

L’intitulé est  Cancer dans la nuit de Michel-Ange. Un cadre analytique pour les diagnostics rétrospectifs, sera l’essai d’ouverture du volume, et partira du diagnostic posé il y a plusieurs années, lorsqu’il a relevé les trois signes physiques du cancer du sein sur la sculpture : l’indentation, le gonflement du mamelon et la masse. Certain d’affirmer que “il ne s’agissait certainement pas d’une erreur, puisque Michel-Ange savait ce qu’était un sein de femme et qu’il savait aussi qu’il n’existait aucun autre sein semblable, c’est-à-dire qu’il n’était visible dans aucune œuvre d’art ancienne ou moderne”. Comme l’avait déjà fait remarquer le biographe de Michel-Ange, Ascanio Condivi, la sculpture voulait signifier que le temps consume tout et c’est précisément pour cette raison, que “Michel-Ange avait décidé d’utiliser les signes évidents d’une maladie qui s’use et se fraye lentement un chemin dans le corps”. Mais il y a plus : selon l’universitaire, le signe de cancer que Michel-Ange avait voulu sculpter était lié à l’état mélancolique du personnage, déjà décrit par Vasari, qui était considéré à l’époque comme une prédisposition au cancer, “parce que la mélancolie crée un blocage nuisible qui conduit au cancer”. Et pour représenter l’état mélancolique de la Nuit, il avait décidé que la figure féminine devait regarder vers le bas et reposer sa tête sur un bras. Aussi parce que l’endroit était une chapelle avec des tombes, un espace mélancolique par nature”.

La question demeure de savoir si Michel-Ange a utilisé un modèle pour sculpter son chef-d’œuvre. Il a de sérieux doutes à ce sujet : “L’artiste connaissait l’anatomie humaine, y compris l’anatomie féminine, comme n’importe quel autre artiste. Et ce n’est pas tout : comme Léonard de Vinci, Michel-Ange a également pratiqué des dissections humaines. Donc,  il n’avait pas besoin de modèles. Les dangers sont plutôt ailleurs : bien que la revue scientifique Lancet ait récemment publié une étude réalisée par des oncologues suisses, qui ont reconnu des signes de cancer dans l’Allégorie de la forteresse, exposée à la galerie de l’Académie, il ne s’agit en fait que de “regrets” de la part de l’artiste. Un examen rapproché de l’œuvre à l’œil nu a révélé que l’ensemble du tableau avait été agrandi, y compris les seins. Ainsi, le diagnostic de cancer du sein est erroné, mais s’il reçoit l’aval des oncologues, les pauvres étudiants en médecine qui examineront éventuellement le tableau arriveront à de mauvaises conclusions. Il faut être prudent”.

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